Questions d'élèves à une violoniste concertiste

Le 13 mars 2009, la majorité des élèves de la classe de violon d'Hélène Sanglier sont allés écouter une jeune violoniste jouer deux Partitas de Bach pour violon seul à Saint-Mathieu. Le lendemain, la violoniste Marie Cantagrill a partagé avec certains d'entre eux un petit moment pour dialoguer, voici l'essentiel de cet échange.


Depuis combien de temps vous jouez du violon ? (Antoine  10 ans)

J'ai commencé à 5 ans, cela fait donc 25 ans. Dans ma famille, faire de la musique était une activité normale, comme apprendre à lire ou aller à l'école. C'est venu surtout de mon père : mes deux frères et moi avons fait du violon et du piano. J'ai commencé le piano à 7 ans jusqu'à 18 ans, mais avec le violon il y avait quelque chose d'affectif, choisir le violon était une évidence.
Mon père disait que le violon c'était l'instrument de la liberté parce qu'on peut l'emmener partout… même s'il oubliait que souvent on a besoin d'être accompagné au piano !
Vous souvenez-vous des premiers morceaux que vous avez-joué ? (Hélène)
Je me souviens des premiers concertos de Viotti et Rode, et avant je jouais des morceaux dans Le Petit Paganini, des Bourrées, du Telemann.

Est-ce que vous avez eu des problèmes de position ? (Etienne 8 ans)

La position c'est très important, et mon premier professeur n'a pas du tout surveillé cet aspect des choses, pire, il me tenait le pouce en arrière… j'ai donc appris des défauts dont il a fallu que je me débarrasse ensuite et cela a été très difficile. C'est très important d'avoir la chance de commencer avec  un bon professeur.
Sur le violon rien ne doit faire mal, les gestes doivent être le plus naturel possible, même si la position est compliquée, elle ne doit pas être anti naturelle.

Quels conseils vous donnait votre professeur ? (Grégoire  9 ans)

J'ai eu plusieurs professeurs, il y en a un qui m'a beaucoup apporté, et elle disait qu'il fallait jouer sans peur de mal faire, jouer de tout son cœur. Depuis, pour moi,  chaque note est précieuse et  au moment où je la joue, elle devient la chose la plus importante au monde ...

Un professeur disait souvent que ce qui est important ce ne sont pas les notes fausses, ce sont justes… (rires…) (Antoine)
Oui, enfin, ça dépend dans quelle proportion ! (Hélène)

La justesse n'est pas seulement un doigt qui tombe à côté ; c'est une note qu'on n'a pas bien anticipée, qu'on n'a pas bien amenée. Si on chante la note dans sa tête avant, qu'on y pense, il y a peu de chance qu'elle soit fausse. Il n'y a pas d'un côté la musique, de l'autre, les doigts : ça marche ensemble.
C'est pourquoi on vous demande de chanter ce que vous avez à jouer au violon, le chant intérieur guide les gestes : si la musique ne s'est pas " imprimée " à l'intérieur, ou mal imprimée, on ne pourra pas la jouer correctement !

Quel genre de programmes aviez-vous, était-ce équilibré entre les exercices, les études, les gammes et le morceaux ? (Hélène)

J'ai travaillé beaucoup de gammes, de Ševcík et des études. Mais je me souviens pendant quatre ans avoir eu un professeur qui ne me donnait quasiment pas de morceaux, et c'était dur, cela m'a fait l'impression d'un tunnel.

Vous avez travaillé avec un professeur du Conservatoire de Moscou… ?(une maman d'élève)

Oui, J'ai travaillé avec des professeurs russes. A  la différence d'ici, l'école russe prend beaucoup plus en charge l'éducation dans son ensemble; là-bas on peut avoir cours tous les jours !

Est-ce que le travail du violon vous a gêné dans vos études ? (Claire 10 ans)

Non, j'ai passé mon bac normalement, sauf que je faisais les cours par correspondance. Mes parents voulaient qu'on ait plus de temps pour faire plus de choses. Évidemment,  c'est  plus difficile parce qu'on a plus de travail.

Il faut une solide organisation à la maison, une discipline personnelle... (Hélène).

Ce n'était pas difficile de ne pas avoir de vie sociale avec des enfants de votre âge ? (Claire)

Pas vraiment, tu sais, j'avais des petits camarades de solfège ou de l'orchestre, ou mes voisins, et puis j'ai une grande famille avec beaucoup de cousins.

Et puis, il peut aussi arriver que tout en allant à l'école, un enfant se sente très seul au milieu d'un groupe… (Hélène)

Est-ce qu'il y a eu des moments où vous n'aviez plus envie de faire de violon ? (Antoine)

C'est arrivé que je n'ai pas envie de travailler, oui, quand je voyais les petits voisins qui jouaient dehors et que je devais faire mon violon… mais c'était passager, et ma mère m'expliquait que les voisins, une fois qu'ils avaient fini de jouer, ils n'avaient pas avancé ni progressé sur quelque chose. Cela apprend à faire un effort sur le long terme, du coup la récompense est encore plus précieuse et on est fier.
Même si chaque jour, après une heure de travail, on n'a pas vraiment l'impression de jouer mieux, d'avoir fait des progrès, on a quand même ajouté une petite pierre à l'édifice ; une petite pierre ce n'est rien, mais petit à petit ça peut faire des cathédrales.

Oui, c'est un travail de fourmi ! (Hélène)

Quel est le moment le plus agréable en concert ? (Jean-Zacharie 11 ans )

Je ne me suis jamais vraiment posé cette question… c'est une bonne question ! Je dois réfléchir pour être vraiment sincère… je crois que c'est tout simplement quand on joue. Avant, après, c'est la vie banale, alors que quand on joue on est transporté ailleurs, c'est très intense.

Est-que vous aimiez le solfège ? (Elise 10 ans)

Pourquoi, tu n'aimes pas ?...(Elise fait la moue !) Oui, c'est souvent coupé du violon : on apprend quelque chose de théorique d'un côté…et on ne voit pas à quoi ça sert. C'est pourtant  indispensable !
Comme on le disait tout à l'heure, on a besoin du solfège pour entendre la partition que l'on veut jouer au violon. (Hélène)
Quand on voit le sens de ce que l'on fait, on supporte mieux la rigueur et les contraintes. Si tu fais le lien avec le violon et que tu comprends  à quoi ça sert, alors tu accepteras mieux de travailler ton solfège.
Je crois que dès que quelque chose a du  sens, on accepte de le faire, que ce soit le solfège ou un exercice sur le violon, une position à respecter : un bon professeur doit expliquer pourquoi il demande telle ou telle chose à l'élève.

Avant j'avais un professeur qui s'en fichait si on ne travaillait pas, maintenant c'est différent, et en fait j'aime mieux parce qu'on voit les progrès… (Antoine)

C'est vrai que même si on ne veut pas en faire son métier, faire du violon " pour le plaisir ", on ne peut pas le faire à moitié, sinon on n'a aucun plaisir. C'est pareil pour savoir si on aime ou si on n'aime pas : si je ne travaille pas, je n'arrive pas à faire grand chose, et donc, je ne peux pas savoir si j'aime ou pas. Le travail est le préalable au plaisir. Et avoir un professeur exigeant c'est précieux.

Ce qui compte, quelles que soient ses capacités, c'est d'aller au bout de ce que l'on peut faire ! (Hélène)



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